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08H10

 

J’ai à peu près bien dormis et l’infirmière ne m’a réveillée qu’une seule fois. Elle a beau essayer d’être discrète mais je n’ai pas l’habitude que quelqu’un ouvre la porte de ma chambre au milieu de la nuit.

 

Le week-end s’annonce pluvieux, long et vide. Beaucoup de patients sortent ce matin pour une permission, la clinique devrait être quasiment vide mais aussi bien plus calme. Au moins pendant 36 heures je n’aurais pas à supporter le rap ou la techno des jeunes débiles drogués.

J’ai remarqué un petit jeune qui me fait de la peine. Il s’isole de plus en plus. Je sens en lui une forte colère mais il résiste et la maîtrise.

Je suis surement le patient qui est le moins « médicamentés » ou alors le plus résistant, cela se sent.

 

Ce matin je vais quand même essayer de voir le psychiatre afin qu’il m’autorise à sortir une heure pour faire le plein dans l’hypermarché du coin.

JOURNAL : 17 SEPTEMBRE 2016

17H05

 

Voilà je suis allé faire le plein de biscuits et de saloperies sucrées qui vont, je l’espère, m’aider à me faire passer l’envie de cigarettes pendant les longues heures de fermeture des portes du parc.

 

Dans tous les établissements psychiatriques je retrouve toujours les mêmes archétypes de perdant du cours de la vie.

 

Il y a cette vieille. Je pourrais dire vieille femme mais sa conduite est si indigne que je ne peux la gratifier du qualificatif de femme. Dès qu’elle est entourée des autres patients, elle parle dans un mélange de sons incompréhensibles, s’exhibe sans retenue, et demande à se faire aider pour marcher. Je l’ai observé une fois seule ou devant le psychiatre et la tout change. Elle parle distinctement et marche sans appui. Une simulatrice ? Un naufrage de l’âge ?

 

Il y a ce jeune quadra qui ne quitte jamais ses lunettes de soleil. La nuit, sous les néons, elles sont invariablement rivées sur son nez. S’il est ici, c’est la faute de son ex-femme, de sa famille, de ses enfants…. Jamais de la sienne. Il en parle que pour nous asséner un réquisitoire sur son entourage qu’il livre à la vindicte des autres patients. Forcément, le troupeau s’empresse lui aussi de se trouver des responsables… Trop facile, simpliste… mais si confortable.

 

Il y a la trentenaire, totalement habitée par les médecines alternatives, la psychologie, la phytothérapie, etc… Il en s’intéresse qu’aux mots commençant par « psy » ou se terminant par « thérapie ». Elle sait tout, connait tout, à tout essayé, a une théorie sur tout et tous, mais, malheureusement cela fait des années qu’elle navigue dans les eaux troubles de nos plus beaux hôpitaux psychiatriques. Dommage de maitriser autant de théories mais aussi peu de pratique…

 

Et puis il y a la foule des douleurs, des larmes, des excès, des naufrages et des peurs ; et j’en fais partie. Bien entendu je regarde tout cela d’un œil détaché, voir condescendant, mais je suis pour le moment l’un de vous.

Pardonnez-moi camarades d’infortunes mais j’espère ne quand même pas trop vous ressemblez.

Tag(s) : #journal, #clinique, #psychiatrie

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